Le Shotokan est l’un des styles de karaté les plus pratiqués au monde. Pourtant, très peu de pratiquants connaissent vraiment l’histoire des katas que nous exécutons chaque jour au dojo. Dans cet article, nous revenons sur les origines des katas Shotokan, ce qu’ils étaient à l’origine, et comment leur corpus s’est enrichi au fil du temps.
Funakoshi Gichin et l’introduction du karaté au Japon
📜 En 1922, Funakoshi Gichin part d’Okinawa pour le Japon métropolitain, pour une démonstration d’arts martiaux à Tokyo sur invitation de Jigoro Kano (fondateur du judo). Il apporte avec lui un ensemble de formes et de techniques de karaté, qu’il enseignera progressivement dans les universités et les premiers dojos japonais.

Contrairement à l’idée reçue, le corpus original n’était pas très vaste : Funakoshi choisit de transmettre un ensemble réduit et structuré de katas, jugé suffisant pour l’apprentissage et le perfectionnement technique.
Le livre Karate-jutsu (1925) : un témoignage précieux
📘 En 1925, Funakoshi publie Karate-jutsu, un ouvrage dans lequel il présente les formes originelles des katas telles qu’il les a apprises à Okinawa. Ce document est essentiel pour comprendre ce qu’il considérait comme le cœur du karaté traditionnel.
Dans cet ouvrage, on observe notamment des positions plus hautes que dans les styles plus récents, et surtout des noms empruntés à la tradition okinawaïenne, avant qu’ils ne soient japonisés par Funakoshi lui-même.

Voici la liste des 15 katas enseignés à l’origine par Maître Funakoshi :
- les 5 Heian (Pinan)
- les 3 Tekki (Naihanchi – Naifanchi)
- Bassai Dai (Passai)
- Kanku Dai (Kushanku – Koshokun)
- Jion
- Enpi (Wanshu)
- Gankaku (Chinto)
- Jitte (Jutte)
- Hangetsu (Seisan – Sehshan)
Ces katas constituent le socle technique du Shotokan tel qu’il était enseigné à ses débuts au Japon, et on notera que dans ce livre, les photographies montrent Funakoshi lui-même exécutant les katas. Voir la fiche détaillée du livre “Karate Jutsu : La bible du karate-dô”
Première évolution du corpus kata : Taikyoku et Ten no Kata
🔃 Quelques années plus tard, lorsque Funakoshi publie son manuel Karate-Dō Kyōhan, il introduit des compléments pour structurer davantage l’enseignement, dont les trois katas Taikyoku, destinés à faciliter l’apprentissage des bases, ainsi que Ten no Kata, une forme plus pratique orientée kumite (version omote et ura), créés en collaboration avec son fils Funakoshi Gigo (Yoshitaka).

Ces ajouts traduisent une volonté pédagogique de clarifier les fondements du karaté pour les nouveaux pratiquants japonais de l’époque.
Après Funakoshi : l’ère Nakayama et la JKA
📋 Après le décès de Funakoshi Gichin en 1957, le Shotokan continue son développement, notamment au sein de la Japan Karate Association (JKA), avec Nakayama Masatoshi comme instructeur en chef.

Sous son impulsion, de nouveaux katas sont intégrés au répertoire Shotokan, enrichissant la pratique et offrant de nouvelles formes d’expression technique et stratégique. Parmi eux :
- Bassai Sho
- Kanku Sho
- Sochin
- Nijushiho
- Gojushiho Dai
- Gojushiho Sho
- Unsu
- Wankan
- Chinte
- Meikyo
- Jiin (ne fait plus officiellement partie des katas JKA)
Ces katas n’apparaissaient ni dans les premiers livres de Funakoshi, ni dans l’enseignement japonais des années 1920-30. En revanche, certaines formes sont anciennes et issues du karaté shorin ryu et shito ryu, et reflètent plutôt une évolution technique et pédagogique propre à l’après-guerre, liée à la structuration du karaté en discipline compétitive et internationale.
En résumé : le karaté en perpétuelle évolution
📌 L’histoire des katas Shotokan n’est pas figée : elle est le fruit d’un héritage transmis, adapté et développé par des générations de maîtres. Connaitre les origines de ces formes, c’est mieux comprendre leur sens, leur logique, et l’intention de leurs mouvements — au-delà de la simple exécution.
Quels katas shotokan as-tu découvert dans cet article ?






